Les Tunisiens commencent à voter


Les candidats et les médias

Revue de Presse

Le socio-économique, clé de la "Tunisie de demain"

Discours de Zine El Abidine Ben Ali

Dans son discours prononcé le 10 octobre dernier à l'occasion de l'ouverture de la campagne électorale pour la période 2004-2009, le président Zine El Abidine Ben Ali a présenté un programme de 21 points, axé dans sa majorité sur le socio-économique. Une étape décisive dans la préparation de l'avenir de son pays. Décryptage.

Zine El Abidine Ben Ali

"Nous l'avons conçu comme un programme d'étape, ouvrant des horizons nouveaux pour la Tunisie, pour l'avenir de ses générations". C'est la phrase clé qui a caractérisé cette intervention où le politique était quasi-inexistant.

Dans le cadre des horizons nouveaux sur lesquels a insisté le chef de l'Etat tunisien, l'importance attachée par ce programme à l'emploi. Ce volet qui demeure une priorité constante. Egalement aux secteurs économiques, notamment celui de l'économie de l'intelligence ainsi qu'aux domaines éducatif, social et culturel.

S'attaquer à ses défis pour un petit pays comme la Tunisie, ne possédant pas de ressources naturelles importantes, implique une participation active voire un engagement de la part de la société. Cette dernière a montré à plusieurs reprises sa capacité d'adaptation à relever ces défis. Un constat qui a incité Ben Ali à répéter avec détermination : "nous avons misé sur la maturité de ce peuple et nous avons gagné le pari".
La preuve, depuis le changement du 7 novembre 1987, le PIB a été multiplié par cinq. Le revenu par habitant a plus que triplé. De plus, l'objectif fixé en 1999, visant un revenu moyen par habitant de l'ordre de 3500 dinars en 2004, a non seulement été atteint, mais dépassé. Dans ce contexte, le volet concernant l'amélioration de la qualité de vie du citoyen, a été nettement souligné dans ce discours, à travers les passages focalisés sur le capital humain. Les dépenses consacrées dans le budget représentant aujourd'hui 53,5% reflètent cette orientation alors que le taux de la couverture sociale est aux alentours de 86%.

Le président tunisien, qui a tenu à préciser que ce programme puise ses choix dans l'esprit de réforme et de modernisation et dans la nouvelle constitution, a répondu à ceux qui anticipent sur une libéralisation sauvage que c'est un programme qui renforce la classe moyenne et ses acquis. En d'autres termes, cette catégorie demeurera le rempart qui endiguera toute sorte d'extrémisme, préservera la solidarité nationale et consolidera la conception du juste milieu.

Chiffres à l'appui

A cet égard, Ben Ali a projeté d'élever le plafond des crédits de la "Banque tunisienne de solidarité" (BTS), ce, en rappelant les efforts déployés pour aiguiser l'esprit de solidarité de la population, à travers les initiatives prises portant sur la réduction des zones d'ombre, par la création du "Fonds 26-26". Aussi, l'instauration du système micro-crédits. Autre avancée dans ce sens, la relance des crédits d'investissements au profit des diplômés supérieurs, de s'implifier les formalités de création d'entreprises.

Concernant ce dernier volet qu'il a qualifié de plus grand défi de la prochaine étape, le président sortant a fixé l'objectif consistant à créer 70.000 entreprises avec des projets nouveaux. Des facilités accrues seront accordées à l'initiative privée, en ramenant à 1000 dinars le capital minimum légalement exigé. Les PME, elles aussi, font partie de la stratégie globale. En effet, une banque spécialisée en matière de financement de cette catégorie d'entreprises verra le jour avant la fin de la première année du nouveau mandat.

La création d'une génération d'entreprises innovantes et porteuses, notamment dans le domaine des services et des industries constitue un challenge permanent tout au long des cinq prochaines années. Car, il serait difficile de démanteler les barrières douanières comme prévu selon les articles de l'Accord de partenariat signé avec l'Union européenne sans avoir une nouvelle race d'entreprises.

En plus de l'importance accordée à la culture de la qualité et à l'augmentation du nombre des entreprises titulaires de la certification de conformité aux normes internationales, la Tunisie s'est fixée pour objectif pour l'année 2009 d'élever le taux d'encadrement national à 17%.
Par ailleurs, l'"économie du savoir", étant une composante essentielle de l'économie nouvelle, constituera une plate-forme d'attrait vers la Tunisie des investissements extérieurs dans ce domaine. Cette orientation va de pair avec la promotion des systèmes bancaire et financier, et, l'introduction des réformes monétaires vers la "convertibilité du dinar". Un sujet de débats intenses, à tous les niveaux des opérateurs économiques depuis maintenant trois ans.

En confirmation de l'aspect socio-économique de ce "programme d'avenir", le président tunisien a annoncé la mise en place de nouveaux moyens de financement, en vue de mettre le logement à la portée des titulaires de revenus moyens. Dans le but de renforcer ces mécanismes, la décision d'élargissement des catégories ayant accès aux financements accordés pour les logements sociaux à tous ceux dont le salaire ne dépasse pas un plafond de 1000 dinars (1 euro = 1,53 DT) par mois. Autre message fort, transmis par ce programme, l'attachement à relever d'une manière régulière le pouvoir d'achat du citoyen. Dans ce but, il a été fixé, pour l'étape à venir, un nouvel objectif visant à porter le revenu moyen par habitant à 5000 dinars en 2009. Toujours dans le même cadre de la préparation de la "Tunisie de demain", basée sur la pensée réformiste et moderne, la structure de la société s'est nettement modifiée. Le taux de croissance démographique a été ramené à 1,08 %. Cet ajustement a coïncidé avec la résorption de la demande additionnelle d'emploi, ce, en créant une moyenne de 70.000 emplois nouveaux par an. Le taux de chômage a ainsi diminué de deux points, pour tomber, pour la première fois à 13,9%.

La femme plus privilégiée

Le programme présenté par Ben Ali a non seulement placé la femme en tête des 21 points, mais a, en plus, consolidé son statut, le meilleur dans le monde arabe. La femme, ce partenaire à part entière dans la société, bénéficiant de chances égales à celles de l'homme, présente politiquement dans des proportions notables en formant 11,5% des membres de la Chambre des députés, 20,6% des membres des Conseils municipaux, et 16% de ceux du Conseil économique et social, s'est ressentie plus valorisée aux termes de ce programme. En effet, elle pourra désormais avoir des possibilités plus grandes de concilier sa vie familiale et sa vie professionnelle.

Le fait le plus marquant dans la consolidation du statut de la femme tunisienne, c'est prévoir par le programme l'accord d'un régime au profit de la mère lui permettant, si elle le désire, de travailler à mi-temps, et de percevoir les deux-tiers de son salaire. Un acquis en plus qui sauvegardera toujours ses droits à la retraite et à la couverture sociale.

L'éducation et l'enseignement occupent aussi une place prépondérante dans le programme de Ben Ali. Ce dernier a insisté pour donner des chiffres pour témoigner du progrès réalisé dans ce domaine. En effet, le nombre d'étudiants a été multiplié par 6, portant le taux d'inscription dans l'enseignement supérieur à 26,4% pour la tranche d'âge de 20 à 24 ans. Les collèges et les lycées secondaires accueillent aujourd'hui plus d'un million cent mille élèves, alors qu'ils étaient seulement 420.000. Dans cet ordre de pari sur la jeunesse et l'amélioration de l'environnement du système éducatif, Ben Ali a proposé de généraliser, avant la fin de l'année 2009, l'année préparatoire et d'atteindre le ratio d'un ordinateur par classe dans tous les cycles de l'enseignement scolaire.

Samir Sobh
18 Octobre 2004