Le Temp 20/10/2004
Quand l'opposition vote Ben Ali Le MDS et l'UDU : leurs Bureaux politiques respectifs ont décidé de voter Ben Ali. Ils ne votent pas uniquement pour l'institution. Mais ils votent surtout pour l'homme.
Le MDS a ses raisons propres. Endogènes dans le sens où il a fallu tout un travail, de longues tractations pour enfin parvenir à une plate-forme qui ne satisfait peut-être personne mais n'en dépite sans doute aucun.
Ce ne fut donc pas un simple motus-vivendi, forme généralement péjorative en science politique. Mais un consensus. Et puis, il y a des raisons exogènes : le MDS veut se repositionner, veut surtout prendre le temps de se repositionner dans le paysage politique. Pour très longtemps, des temps du PSD, il avait cru en une réelle bipolarisation de la vie politique. C'était un leurre. Car de l'intérieur, il était quelque peu miné. Car ce sont les mécontents du PSD qui avaient eux aussi - quoique dans une proportion infime - participé à la création du MDS.
Quant au choix porté sur Ben Ali, eh bien les dirigeants du parti l'ont expliqué : il est le seul à pouvoir mener à terme une réelle bipolarisation de la vie politique nationale et pas forcément dans la désormais désuète dialectique gauche droite. C'est-à-dire qu'au delà de l'homme, le MDS adhère à un projet. C'est tout à son honneur, car il faut une sacrée dose de courage pour adhérer aux choix du camp opposé. C'est même un acte civilisationnel et que n'exclut pas le jeu impitoyable des partis politiques. On a bien vu aux Etats-Unis que sur les questions fondamentales, Démocrates et Républicains y allaient la main dans la main.
L'UDU maintenant. Mustapha Yahyaoui, membre du Bureau politique, explique pourquoi sur les colonnes du « Temps » d'hier.
Il explique entre autres que sous l'ère Bourguiba, les nationalistes arabes étaient rayés du paysage politique. Cela se comprenait dans la mesure où les « pro-khomeynistes » de chez nous d'avant 87 jouaient sur cette fibre pour induire le message islamiste. Les Unionistes étaient donc « pourchassés » et plusieurs d'entre eux vivaient dans la clandestinité. Or, le 29 avril 1988, Ben Ali prononçait le fameux discours au Congrès du RCD où il raffermissait l'identité arabo-musulmane de la Tunisie mais en même temps disait « non ! » et un « non » ferme à la formation d'un parti religieux. Et c'est comme cela qu'on a, enfin, démêlé l'écheveau, qu'on a circonscrit les dérives et qu'on les a jugulées à leurs racines. Sinon pour le reste, le pluralisme que consacrent les élections du 24 octobre restent dans cette ligne de graduation voulue par le chef de l'Etat.
Si l'opposition vote Ben Ali, c'est parce qu'elle vote, encore une fois, un homme qui n'a pas encore achevé son rôle historique dans cette jeune République. Sauf que, adhérer à certains programmes du plan Ben Ali ne veut pas forcément dire devenir « RCdistes ».
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