Discours du Président Zine El Abidine Ben Ali

à la clôture de la conférence

annuelle des chefs de missions diplomatiques et consulaires

Carthage, le 25 août 1999

Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux

Messieurs les chefs de missions diplomatiques et consulaires,

Mesdames et Messieurs,

J'ai grand plaisir à vous rencontrer au terme des travaux de votre conférence annuelle, qui a été une occasion propice à l'évaluation de vos activités diplomatiques et consulaires, ainsi qu'à l'examen des perspectives de votre action, dans le sens des intérêts de notre pays et de la consolidation de ses acquis et de son rayonnement sur la scène internationale.

J'ai suivi le déroulement de vos travaux avec d'autant plus d'attention que vous vous êtes assigné un thème central, à savoir l'entrée de notre pays dans le siècle prochain alors qu'il s'apprête à occuper un siège au sein du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Il s'agit de questions auxquelles nous portons toute notre attention, dès lors que l'action diplomatique consiste à être constamment en phase avec les mutations mondiales et avec les développements qui se produisent sur la scène internationale, notamment au niveau onusien. C'est que les choses ont changé en même temps que s'est accentuée l'interdépendance des secteurs politique, diplomatique, économique, social et culturel.

Mesdames,

Messieurs,

L'action de notre pays, aux plans international et onusien, procède de constantes immuables qui consistent en l'attachement à la Charte des Nations Unies et aux principes qu'elle a consacrés en faveur de la paix, de la sécurité et de l'entente entre les peuples, tout autant que de la propagation de la tolérance, du respect mutuel et de l'esprit de dialogue, de coopération et de solidarité au service d'un développement juste et équitable. Cela dans le cadre de la légalité internationale, celle-là même qui ne peut s'accommoder de la politique de deux poids, deux mesures ni des attitudes sélectives ou discriminatoires.

Notre pays œuvrera avec sérieux et détermination, dans le cadre du système des Nations Unies, à la consécration de ces constantes et à la défense des valeurs qui leur sont inhérentes, pour appuyer les efforts constructifs déployés sur les scènes internationale et onusienne.

Nous sommes convaincus que l'un des défis majeurs auxquels est confrontée, aujourd'hui, la communauté internationale, consiste à éliminer les foyers de tension qui naissent ici et là dans le monde ainsi qu'à circonscrire les dangers des crises économiques et sociales qui sévissent dans de nombreuses régions. L'objectif est de faire en sorte que le siècle prochain soit un siècle de paix, de tolérance et de développement, qui verra la disparition de la violence et de la haine entre les peuples, sous toutes leurs formes.

Tout en réaffirmant, en cette circonstance, la disponibilité constante de notre pays pour poursuivre sa participation aux opérations de maintien de la paix, nous tenons à souligner que ces opérations doivent impérativement s'inscrire dans le cadre du système onusien et tout particulièrement du Conseil de Sécurité, afin de préserver les conditions de stabilité et d'équilibre au sein de la communauté internationale.

Nous avons grand espoir que les diverses instances onusiennes, et notamment le Conseil de Sécurité, pourront parvenir à un surcroît de transparence et de démocratie afin de consolider la légalité internationale et de renforcer la crédibilité de ces organismes.

Dans ce contexte, nous tenons à confirmer le soutien de la Tunisie aux propositions positives qui ont été faites par le Secrétaire Général des Nations Unies, Monsieur Koffi Anan, dans son programme de réformes qui vise à renforcer la diplomatie préventive, à promouvoir la culture démocratique, à soutenir la coopération Sud-Sud, à orienter les programmes de l'Organisation internationale vers la lutte contre la pauvreté, la protection de l'environnement et l'insertion de la femme dans le développement, et à procurer les fonds nécessaires au financement du programme de développement intégral.

Tout en suivant attentivement les mutations profondes que connaît le monde, nous avons la conviction que pour affronter les défis du siècle nouveau, il est impératif de conférer davantage d'efficacité au Conseil de Sécurité dans l'accomplissement de ses tâches. Ce qui, à l'évidence, implique la nécessité d'accorder à la réforme de cette instance onusienne tout l'intérêt et toute la vigilance voulus.

Nous tenons à réaffirmer, à cet égard, la nécessité de conférer au Conseil de Sécurité un caractère représentatif exhaustif, de promouvoir son rôle en matière de maintien de la sécurité et de la paix dans le monde, et de tenir compte des intérêts des pays en développement à travers l'élargissement de sa composition de telle sorte qu'elle englobe l'ensemble des groupes régionaux.

Nous réaffirmons, également, notre soutien à la revendication du groupe africain en faveur de l'attribution à l'Afrique de deux sièges permanents qui seraient occupés à tour de rôle par les Etats africains, avec les mêmes privilèges que les membres permanents actuels. Nous réitérons, en outre, notre appui à la désignation de l'Allemagne et du Japon comme membres permanents, eu égard à l'envergure qui est la leur sur la scène internationale.

Mesdames,

Messieurs,

Nos relations avec les pays maghrébins frères, que ce soit au plan bilatéral ou dans le cadre de l'Union du Maghreb Arabe, ont constamment retenu notre attention; qu'il s'agisse de raffermir les liens de fraternité ou de diversifier les champs de la coopération entre nos peuples et nos Etats.

Et si nous avons perdu, avec la disparition du regretté roi Hassan II (Que Dieu l'accueille en Son infinie miséricorde), un frère cher à nos cœurs, un souverain aimé de son peuple et un grand leader maghrébin qui fut l'un des fondateurs de l'UMA, nous sommes sûrs de trouver en son valeureux fils, notre frère, Sa Majesté le Roi Mohamed VI, le meilleur continuateur de son œuvre et un soutien puissant à la poursuite de notre progression en commun sur la voie de la concrétisation des aspirations de nos peuples maghrébins à l'intégration, à l'unité, à la solidarité et au parachèvement du processus de l'Union.

Ces mêmes convictions, nous avons pu les constater également auprès de nos frères dirigeants des peuples maghrébins, que ce soit lors de notre rencontre avec notre frère Son Excellence le Président Abdelaziz Bouteflika, Président de la République Algérienne Démocratique et Populaire, ou encore lors de nos entrevues et contacts avec nos frères le Colonel Moammar Gueddafi, Leader de la Révolution libyenne, et Son Excellence le Président Mouaouia Ould Sidi Ahmed Al Taya, Président de la République Islamique de Mauritanie.

Notre choix, en la matière, est un choix stratégique : rendre opérationnelles les institutions de l'UMA est une priorité qui figure au premier rang de nos préoccupations.

Nous avons œuvré avec sérénité et constance en vue de surmonter les difficultés conjoncturelles qui ont entravé la progression de l'Union. Dans cette voie, nous avons été rassérénés par les résultats que nous avons pu constater au cours de cette récente période, de même que par la disponibilité évidente de toutes les parties pour transcender les obstacles et leur volonté inflexible d'aménager les conditions propices pour la reprise du processus de l'union.

Notre vœu est que se renforce la cadence de la coopération et que s'accélère le rythme de l'interaction entre nos Etats, afin de répondre aux aspirations de nos peuples à la complémentarité et à l'intégration.

Nous voyons, en outre, dans l'UMA un attribut essentiel de l'unité des rangs arabes, qui concourt à raffermir les liens de coopération, de complémentarité et d'action commune. L'UMA constitue également un instrument idéal pour la coopération avec les pays méditerranéens et les ensembles internationaux qui sont proches de nous, que ce soit en Europe ou en Afrique et pour le relèvement des défis majeurs qui commencent à se profiler au seuil du siècle nouveau.

Tout en nous félicitant des étapes qui ont été parcourues sur la voie de la réactivation du processus maghrébin, depuis la trente-cinquième session du Comité de suivi qui s'est tenue en Algérie sœur, nous aspirons à rencontrer nos frères, les dirigeants des Etats maghrébins, à l'occasion du prochain Sommet de l'UMA, qui devra avoir lieu avant la fin de l'année en cours et dont nous pensons qu'il marquera une étape privilégiée dans le processus d'édification de l'Union maghrébine. Notre espoir est que ce Sommet nous offrira la meilleure occasion pour échanger nos points de vue et approfondir notre concertation et notre coordination au sujet des principaux problèmes qui se posent dans notre région et dans le monde arabo-musulman, en général.

Nous sommes également heureux de voir s'estomper les motifs de tension dans notre région, à la faveur des développements positifs qui se sont fait jour dans l'affaire Lockerbie, développements auxquels notre pays a apporté son concours avec diverses autres bonnes volontés. Ainsi, il a été mis fin aux difficultés qui avaient été imposées au peuple libyen frère et qui avaient porté préjudice à l'ensemble de nos peuples et de nos Etats. En outre, ces difficultés avaient pesé négativement sur les activités de l'UMA et sur ses relations internationales. Nous saisissons cette occasion pour renouveler nos appels en faveur de la levée rapide et définitive de l'embargo imposé à la Libye, afin que disparaissent toutes les séquelles de cette crise.

Il ne fait pas de doute, par ailleurs, que la conjoncture qui prévaut dans le monde arabe et plus particulièrement au Moyen Orient commande la reprise du processus de paix qui a été gelé et dont les mécanismes n'ont été que trop longtemps bloqués.

Notre vœu est que la période de rechute aura démontré à tous l'ampleur des dangers qu'implique un climat de tension, de méfiance et de manque de fiabilité.

La région ne peut éviter semblables dangers que si les conditions sont réunies pour la reprise, avec sérieux et sans atermoiement, du processus devant conduire à une paix globale, juste et durable, sur la base du principe de "la terre en contrepartie de la paix", conformément aux accords conclus entre les parties concernées.

Ce que nous espérons, c'est que les récents développements intervenus en Israël serviront de cadre à l'émergence, dans ce pays, d'une volonté de paix, pour que le processus de paix soit enfin sauvé, pour que le peuple palestinien frère recouvre son droit légitime à l'autodétermination et à l'édification d'un Etat indépendant sur son sol national, avec pour capitale Al Qods Al Sharif, pour que les peuples syrien et libanais frères récupèrent leurs territoires occupés et pour que la région tout entière trouve le chemin de la paix, fondement premier de la stabilité et de la coopération durables.

Cependant, les conditions indispensables à la sécurité et à la stabilité resteront incomplètes aussi longtemps que le peuple irakien frère continuera de subir l'embargo qui lui est imposé, que la situation dans la région n'aura pas été soustraite au cycle de tensions continues, exacerbées de façon quasi-périodique, et que n'aura pas été trouvée une formule de solution qui permette la normalisation de la situation, afin que l'Irak retrouve sa place naturelle dans son environnement arabe et international.

Mesdames,

Messieurs,

Notre approche de l'action arabe commune et des moyens de la promouvoir a toujours évolué en harmonie avec les exigences qu'impliquent les développements régionaux et internationaux. C'est dans ce cadre que nous avions préconisé la mise en place, au sein de la Ligue des Etats Arabes, d'un mécanisme de prévention, de gestion et de règlement des conflits, qui serait investi de la responsabilité de renforcer la sécurité et la stabilité dans les pays arabes et d'en préserver les fondements.

C'est ce qui, à notre sens, contribue au renforcement des bases de la coopération et de la solidarité entre nos Etats et nos peuples, de telle sorte qu'ils puissent se consacrer entièrement à l'œuvre de développment intégral, dans le cadre de la complémentarité et de l'unification des efforts.

Ayant adhéré d'emblée à l'accord qui porte création d'une zone panarabe de libre-échange, notre pays s'est attaché à mettre en œuvre les premières étapes du programme d'exécution de ce projet, en attendant que soit parachevée la mise en place de cette zone, en l'an 2007. En cela, nous n'avons pas d'autre motivation que notre foi profonde en l'impératif de création d'un bloc économique arabe qui soit en mesure de traiter d'égal à égal avec les autres ensembles régionaux; sans parler des opportunités qu'un tel regroupement offre pour la consolidation des liens qui unissent nos pays et nos peuples frères, en ce tournant crucial de notre histoire.

Notre action en faveur du raffermissement de nos relations inter-arabes n'a d'égal que notre attachement à renforcer la position de la Tunisie au sein de son environnement islamique dans lequel elle est profondément enracinée. C'est ainsi que notre pays a apporté son soutien à tous les efforts déployés en faveur de la dynamisation du rôle de l'Organisation de la Conférence Islamique, en tant que cadre privilégié de l'entente et de la cohésion entre l'ensemble des Etats musulmans, pour sauvegarder l'image véritable de notre religion sublime et pour se tenir au diapason des progrès de notre époque, grâce à l'approfondissement de la réflexion sur les problèmes cruciaux de la nation musulmane, consolidant ainsi le pretige des pays musulmans dans le monde.

Nous sommes en droit d'être fiers de constater tout le respect et toute la crédibilité dont la Tunisie jouit au sein de cette Organisation, comme en atteste la suite favorable et positive qui y est réservée à ses suggestions. A cet égard, nous tenons, aujourd'hui, à rendre hommage aux Etats islamiques qui, réunis dernièrement à Ouagadougou, au niveau de leurs ministres des Affaires étrangères, ont unanimement exprimé leur soutien à la candidature de la Tunisie au Conseil de Sécurité, pour les années 2000 et 2001.

Mesdames,

Messieurs,

Notre souci de consolider nos relations avec les pays africains procède d'une approche stratégique dans laquelle l'Afrique occupe une place privilégiée, compte tenu des liens d'appartenance historique, géographique et civilisationnelle.

Nous nous sommes employés à consolider les relations de coopération avec les Etats africains frères, dans les différents domaines, dans le cadre du partenariat et des rapports de coopération et de solidarité au niveau tant bilatéral que multilatéral.

Nous sommes conscients que le relèvement des défis auxquels l'Afrique est confrontée reste tributaire de l'élimination du climat d'instabilité qui prévaut dans certaines régions du continent.

La Tunisie qui a constamment appuyé les efforts déployés par l'Organisation de l'Unité Africaine en vue de résoudre les différends, de circonscrire les foyers de tension et de stimuler le processus de coopération et de complémentarité avec les pays africains frères, tient à réaffirmer, une fois de plus, sa détermination de continuer à assumer le rôle qui est le sien en Afrique, en aidant à la recherche de solutions durables aux différends et litiges et en contribuant à dynamiser de manière positive les relations économiques entre les Etats africains.

Cependant, la responsabilité du continent africain en matière de règlement des conflits existants reste entière. Pour notre part, nous nous sommes attachés à assumer ce devoir, depuis la position qui est la nôtre. Ainsi, nous avons œuvré au rapprochement des points de vue des parties en conflit tant en Ethiopie qu'en Erythrée, en envoyant deux émissaires auprès des présidents de ces deux pays frères, dans le but de résoudre par les moyens pacifiques le différend qui les oppose et d'épargner à cette région sensible de la Corne de l'Afrique et du continent tout entier, les retombées de ce conflit.

Nous avons également apporté notre concours aux efforts déployés en vue de régler le conflit qui fait rage dans la région des Grands Lacs et au sujet duquel nous avions proposé, dès 1995, de réunir une conférence internationale pour analyser tous les aspects de ce conflit qui n'a que trop duré et dont les répercussions sont de plus en plus graves sur la sécurité et la stabilité en Afrique. Notre vœu est que les différentes parties en conflit dans ces deux régions, de même que les parties en conflit en Angola, optent pour la paix, en s'en remettant à la légalité internationale et aux résolutions pertinentes de l'Organisation de l'Unité Africaine et de l'Organisation des Nations Unies.

Tout en rendant hommage aux initiatives et démarches qui ont été déployées aux niveaux régional et international, en vue de circonscrire les foyers de tension, nous préconisons que des efforts accrus soient déployés et que des moyens internationaux soient mobilisés en vue de leur trouver des solutions appropriées, et cela tout particulièrement de la part des pays nantis qui se doivent d'assumer un rôle essentiel en tout ce qui sert la paix, la stabilité et la coopération dans le monde.

La promotion des réalités africaines étant une responsabilité collective qui incombe à tous les pays du continent, d'une part, et à l'ensemble de la communauté internationale, d'autre part, nous réitérons l'appel que nous avions lancé devant diverses instances internationales, en vue de la conclusion d'un contrat de progrès et de paix consacrant le principe de solidarité intégrale qui a été consacré par la communauté internationale.

Mesdames,

Messieurs,

Il est réellement préoccupant qu'en cette étape de l'histoire mondiale où l'humanité se trouve au seuil d'un nouveau millénaire, et où elle a accompli plus de progrès qu'elle n'en a réalisés pendant les millénaires précédents, l'écart ne cesse de se creuser entre les peuples, avec une aggravation continue de la misère et du dénuement dans bien des régions du monde, créant des zones d'ombre affectant des pans entiers de la collectivité humaine.

Il s'agit là, à nos yeux, de l'un des plus grands défis auxquels se trouve confrontée, aujourd'hui, la conscience universelle; tant il est vrai que la persistance de ces déséquilibres excessifs est en contradiction morale flagrante avec les progrès que nous venons d'évoquer, tout comme avec les nobles idéaux que nous nous employons tous à consacrer dans le monde.

En dépit des efforts déployés au niveau du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), qui a fait de la lutte contre la pauvreté l'une des piorités de ses programmes, ainsi qu'au niveau du mécanisme de suivi issu du Sommet social de Copenhague et des autres programmes de même finalité relevant de la Banque Mondiale ou du Programme Euro-Méditerranéen, et de l'objectif qui a été fixé à Copenhague et qui consiste à porter le montant de l'aide à la lutte contre la pauvreté à 0,7% du Produit Intérieur Brut des pays industrialisés, l'assistance consentie jusqu'ici ne dépasse guère 0,2%.

Nous voyons, pour notre part, dans ce chiffre, un indicateur regrettable qui confirme la persistance de cette problématique, en même temps qu'un signal d'alarme qui doit inciter à une action internationale de solidarité que nous percevons comme lien fondamental entre les peuples.

Nous saisissons cette occasion pour lancer un appel à l'ensemble des dirigeants du monde, ainsi qu'aux diverses institutions onusiennes et internationales, pour la mise en place d'un "Fonds Mondial de Solidarité" qui aurait pour mission de collecter les donations et les contributions volontaires, et de les utiliser dans la lutte contre la pauvreté et dans le développement des régions les plus démunies en diverses parties du monde, et tout particulièrement dans les pays les plus pauvres et les pays qui sont en proie à divers fléaux et crises. Notre pays mettra à profit ses contacts avec les divers pays frères et amis, ainsi que sa présence dans les instances des Nations Unies et des autres organisations internationales, pour rallier des soutiens à ce projet humanitaire et contribuer à la définition des modalités de sa mise en place, dans les délais les plus proches.

Mesdames,

Messieurs,

Nos relations avec l'Union Européenne revêtent une importance tout à fait particulière. Vous n'êtes pas sans savoir l'attention et le suivi méticuleux dont nous entourons le fonctionnement de l'accord d'association qui est entré en application depuis plus d'un an. Nous nous employons, avec sérieux et persévérance, durant la période transitoire de l'accord, à relever les défis qu'engendre une compétitivité de plus en plus vive sur les plans financier, économique et social, en nous attelant à la mise à niveau de nos entreprises et de leur environnement, toutes composantes comprises. Pour ce faire, nous comptons également sur le soutien de nos partenaires européens, au profit des intérêts de toutes les parties et du renforcement des relations exemplaires qui unissent la Tunisie et l'Union Européenne.

Il ne faut pas oublier, à cet égard, l'imminence de la seconde phase des négociations prévue par cet accord. C'est là une phase cruciale dans nos rapports avec l'Union, dès lors qu'elle concerne la commercialisation de nos produits agricoles et, en premier lieu, l'huile d'olive. Aussi, accordons-nous une importance extrême au déroulement des travaux des comités de réflexion et des commissions spécialisées qui s'attellent à la préparation de ces négociations.

Nous croyons, quant à nous, que l'action de l'Union Européenne en faveur de l'harmonisation et de l'équilibrage de ses politiques de soutien à ses partenaires dans son voisinage immédiat et dans le bassin méditerranéen, ainsi que le recyclage de la dette publique de ces mêmes partenaires et l'accélération du parachèvement de ses accords d'association avec ces derniers, représentent le choix idoine qui garantit la réalisation des objectifs assignés à la formule d'association.

La Tunisie a été le premier pays de la rive sud de la Méditerranée à signer un accord d'association avec l'Union Européenne ; et nous nous préoccupons de faire réussir cette expérience d'avant-garde. Aussi, insisterai-je sur le caractère global de cet accord qui, à nos yeux, va au-delà des aspects économiques et financiers pour élever nos relations au rang d'un contrat de civilisation liant des peuples possédant un patrimoine historique plusieurs fois millénaire et fondé sur des idéaux communs, ceux de la tolérance, de l'entente, de la coopération et du bannissement de la violence et de l'extrémisme sous toutes ses formes.

Le dialogue euro-méditerranéen, amorcé lors de la Conférence de Barcelone, a jeté les bases du partenariat futur dans notre région. La troisième session de cette conférence, qui s'est tenue récemment à Stuttgart, est venue donner une nouvelle impulsion à ce partenariat.

Notre pays a contribué activement à ce processus depuis son démarrage, tant est profond son espoir de voir s'instaurer, dans notre région, une stabilité durable et un développement solidaire. C'est dans cette même optique qu'il souhaite que puisse être trouvée une solution à la question de la sécurité collective et aux exigences de la coopération, à la faveur d'une approche globale et équilibrée.

Nous sommes persuadés que la concrétisation du projet de «Charte euro-méditerranéenne pour la paix et la stabilité» à l'élaboration duquel est associé notre pays, offre une plate-forme idoine pour la réalisation de ces objectifs.

Mesdames,

Messieurs,

Le phénomène de la mondialisation naissante pose à la communauté internationale des défis nouveaux et laisse augurer de situations différentes de celles qui prévalaient auparavant. Voilà bien ce qui doit inciter le Mouvement des pays non-alignés à repenser son rôle et à œuvrer en faveur de la dynamisation du dialogue entre les Etats et du renforcement de leur coopération et de leur solidarité, en vue d'instaurer la paix et la sécurité dans le monde et de réaliser un développement économique et social qui assure les conditions de bien-être et de progrès à tous les peuples.

La Tunisie œuvrera, en tant que membre du Conseil de Sécurité, durant sa prochaine session, en faveur de la consécration des nobles principes sur lesquels a été édifié ce Mouvement et s'emploiera à faire connaître ses positions et ses points de vue au sein des Nations Unies.

A cet égard, nous sommes favorables à l'idée de création d'un mécanisme de concertation au plus haut niveau, entre les dirigeants des pays membres du Mouvement non-aligné et le groupe des huit pays les plus industrialisés (le G-8), pour régler ces questions majeures et aider, ce faisant, à construire un avenir meilleur pour l'humanité tout entière.

Mesdames,

Messieurs,

Notre pays a exprimé, en temps opportun, sa position au sujet de l'injustice commise à l'encontre du peuple du Kosovo. Il a stigmatisé les actes de purification ethnique et les expulsions massives dont ce peuple a été la cible. La conscience universelle a vigoureusement condamné ces actes barbares qui se sont produits à l'heure même où nous abordons un siècle auquel la communauté internationale a choisi de donner pour devise celle des droits de l'Homme.

Notre pays a apporté son concours aux efforts qui ont été déployés en vue d'alléger les souffrances du peuple kosovar, en dépêchant, au plus fort de la crise, une équipe médicale résidente. Nous sommes fiers de l'accueil qui a été réservé à cette mission médicale par la population locale, tout autant que de l'écho favorable qu'elle a suscité auprès des organisations humanitaires et de l'opinion internationale.

Notre pays qui s'est félicité de la cessation de l'agression commise à l'encontre du peuple du Kosovo, forme l'espoir que le bon droit pourra être rétabli, dans un contexte de sécurité et de paix; et que l'ensemble des peuples de la région se tourneront vers l'effort de développement, la consécration du bon voisinage et l'édification des fondements de la coopération.

Mesdames,

Messieurs,

Notre volonté de promouvoir nos relations avec notre environnement s'accompagne d'une détermination inflexible en faveur de la consolidation de nos relations et de notre coopération avec les pays d'Amérique et d'Asie.

Dans le droit-fil de la consécration de cette volonté, nous avons œuvré à organiser des missions diplomatiques itinérantes en vue d'effectuer des visites dans les pays où nous n'avons pas de représentation diplomatique permanente.

Après la toute première mission qui s'était rendue dans un certain nombre de pays africains et avait réalisé des résultats positifs dont nous espérons qu'ils contribueront à l'établissement de relations économiques plus solides et plus larges, la tournée effectuée dernièrement par deux autres missions en Amérique Latine, en Asie et Australie, a suscité l'intérêt des pays visités et a permis d'explorer les voies et moyens qui permettent de renforcer les relations bilatérales et d'évoquer certains problèmes d'intérêt commun à caractère international et régional.

En outre, nous avons œuvré au renforcement de nos relations avec les pays auxquels nous unissent des liens traditionnellement solides, à savoir, en premier lieu, les Etats-Unis d'Amérique.

L'initiative américaine qui vise à instaurer un partenariat avec les pays d'Afrique du Nord a suscité notre intérêt. Nous y voyons, en effet, une occasion propice à l'élargissement du cercle de nos partenaires économiques. En même temps, elle offre à notre pays l'opportunité de prendre pied sur l'immense marché américain, avec les formidables ressources financières et technologiques qu'il recèle, outre la dynamisation du processus maghrébin de coopération et d'intégration.

Tout en exprimant notre satisfaction quant aux résultats de la rencontre ministérielle qui a eu lieu récemment à Washington, entre les responsables des pays concernés, nous pensons que ce projet peut être initié à travers l'établissement d'un programme de travail qui permette de créer les mécanismes sectoriels intéressant les domaines du commerce, de l'investissement, du développement des ressources humaines et de la coopération technique, parallèlement à la mise en place de mécanismes de coopération financière et de reconversion de la dette. Autant de procédures qui peuvent contribuer efficacement à la réussite du partenariat proposé.

Mesdames,

Messieurs,

L'action diplomatique est l'un des confluents de l'action nationale et un soutien important à l'effort de développement interne. Aussi, le rôle de nos représentations à l'étranger revêt-il une importance croissante, compte tenu du soutien dont a besoin l'effort national, à travers les opportunités qu'engendrent, en l'étape actuelle, le partenariat et la coopération avec les pays frères et amis.

Dans ce cadre, nos missions diplomatiques, outre les tâches diverses dont elles sont investies, sont invitées à assumer leur rôle économique, lequel doit occuper une place essentielle parmi leurs activités prioritaires. C'est ce qui leur commande de s'attacher à promouvoir les exportations nationales, grâce à la préservation des marchés traditionnels et à la conquête de nouveaux marchés au profit de nos produits, à ouvrir de nouveaux horizons d'emploi pour les compétences nationales, dans le cadre de la coopération technique, et à attirer vers notre pays les investissements extérieurs directs.

La sécurité, la stabilité et la paix sociale dont jouit la Tunisie, le capital de confiance et de respect dont elle bénéficie à l'extérieur, ainsi que les garanties et les facilités qu'elle accorde à l'investissement tant étranger que national, sont autant de facteurs qui vous facilitent la tâche et ajoutent à l'efficacité de vos efforts.

Nous comptons, en cela, sur l'ensemble des compétences nationales, surtout dans le secteur privé, lequel assume en la matière une responsabilité particulière eu égard aux mutations économiques, à la libéralisation continue des mécanismes du marché et à l'émergence d'une nouvelle génération de promoteurs et d'acteurs économiques capables d'affronter la concurrence. Toutefois la stimulation de toutes les potentialités reste tributaire de la capacité à améliorer la programmation et la coordination entre tous les intervenants, à faire preuve d'esprit d'initiative et à concevoir des idées nouvelles. C'est ce qui investit nos ambassadeurs d'une responsabilité importante et d'un rôle délicat.

Mesdames,

Messieurs,

Notre sollicitude envers les Tunisiens résidant à l'étranger est l'une des priorités de notre politique nationale. Nous avons beaucoup fait en leur faveur, que ce soit au niveau de l'encadrement social, culturel et religieux, du renforcement de l'enseignement de la langue arabe à leurs enfants ou bien du soutien au tissu associatif au sein duquel ils déploient leurs activités. Lors de notre dernière rencontre avec eux, le 7 de ce mois, nous avons pu constater l'ampleur de l'écho qu'ont éveillé, auprès d'eux, toutes les mesures que nous avions prises en leur faveur et les acquis qui ont été accomplis à leur profit au cours de l'Ere nouvelle.

La protection de leurs intérêts, ainsi que la préservation et la défense de leurs droits, toutes les fois que le besoin s'en fait sentir, constituent l'une des missions essentielles des ambassades et des consulats; afin de sauvegarder leur dignité et de conforter leur fierté d'appartenir à la mère-patrie.

Nous nous sommes également attachés, depuis le Changement, à les associer aux événements nationaux majeurs. A cet égard, je vous exhorte, lors des prochaines élections présidentielles, à veiller à assurer les meilleures conditions pour permettre aux Tunisiens émigrés d'exercer leur droit électoral, dans un contexte d'impartialité et de transparence, de manière à consacrer leur fidélité à la patrie, leur attachement à sa bannière et la fierté que leur inspire leur appartenance à sa citoyenneté.

Mesdames,

Messieurs,

La responsabilité que vous assumez, dans la représentation de la Tunisie du Changement, est un honneur dont je sais que vous appréciez toute l'importance. Aussi ai-je la conviction que vous poursuivrez vos efforts en vue de hisser haut la bannière de la patrie, dans tous les domaines de l'action diplomatique, avec clairvoyance, détermination et militantisme, comme vous l'avez toujours fait.

Puisse Dieu vous accorder la réussite.

Merci de votre attention.


Discours du Président Ben Ali devant les membres du Corps Diplomatique accrédités à Tunis (15 janvier 2004)
Discours du Président Ben Ali devant les membres du Corps Diplomatique accrédités à Tunis (23 janvier 2003)
Discours du Président Ben Ali devant les membres du Corps Diplomatique accrédités à Tunis (15 janvier 2002)
Discours du Président Ben Ali devant les membres du Corps Diplomatique accrédités à Tunis (29 janvier 2001)
Discours du Président Ben Ali devant les membres du Corps Diplomatique accrédités à Tunis (27 janvier 2000)
Discours du Président Zine El Abidine Ben Ali devant les membres du Corps Diplomatique accrédités à Tunis (27 janvier 2000)
Discours du Président Ben Ali sur la politique étrangère de la Tunisie (28 janvier 99)


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