Discours du Président Zine El Abidine Ben Ali devant les membres
du Corps Diplomatique accrédités à Tunis

Carthage, le 27 janvier 2000

Au Nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux


Monsieur le Doyen,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,


Il m'est agréable de vous rencontrer au début de cette année charnière avec laquelle nous abordons un siècle nouveau. Nous avons l'espoir que ce nouveau siècle sera de bon augure et source de bonheur, tant pour vous-mêmes que pour vos pays et pour l'humanité tout entière.

Tout en vous priant de transmettre mes plus chaleureuses félicitations et mes vœux les plus sincères aux dirigeants de vos pays ainsi qu'à vos peuples frères et amis, je tiens à vous remercier de vos sentiments cordiaux envers la Tunisie et envers son peuple. Je voudrais également saisir cette occasion pour vous présenter mes meilleurs vœux et remercier vivement Monsieur le Doyen pour ses paroles aimables et ses nobles sentiments. Je voudrais, en outre, le féliciter de son accession au rang de doyen du corps diplomatique accrédité à Tunis, et lui formuler, ainsi qu'à tous les membres du corps diplomatique, mes vœux de pleine réussite dans l'accomplissement de leur mission, pour le raffermissement des liens de fraternité et d'amitié entre nos pays et la consolidation des relations de coopération et de solidarité entre nos Etats et nos peuples.

Monsieur le Doyen,
Excellences,

L'année écoulée a été particulièrement importante dans la marche de notre pays vers un avenir meilleur ; une année au cours de laquelle nous avons accompli plusieurs réformes politiques, économiques et sociales. Nous avons tracé les grandes lignes de la stratégie qui nous permettra d'aborder le siècle nouveau avec le maximum de chances de réussite, et de concrétiser la volonté de notre peuple de s'engager dans une nouvelle phase du Changement dont les choix et les objectifs émanent des préoccupations de la communauté nationale et traduisent ses ambitions.
En cela, nous fondons notre action sur les acquis de notre pays dans les différents domaines du développement dont, en premier lieu, la mise à niveau de l'économie nationale et la garantie de sa compétitivité, dans un contexte social caractérisé par le consensus, le dialogue et la stabilité. Nous comptons également sur les efforts que nous déployons en commun avec nos frères et nos amis, pour dynamiser le partenariat, stimuler l'investissement extérieur dans l'intérêt de toutes les parties et renforcer davantage notre processus de développement.
Dans nos choix, nous avons réaffirmé la priorité absolue qui est accordée à l'emploi. Nous nous sommes préoccupés de promouvoir notre potentiel humain, tant sur le plan de la qualité de nos compétences scientifiques et technologiques qu'au niveau de leur savoir-faire dans les divers domaines, afin de conférer à notre économie l'aptitude à emporter les enjeux de la compétitivité et d'améliorer sans cesse la qualité de la vie dans notre pays.
Nous avons conforté ce processus en consolidant le consensus social, en consacrant le dialogue et la concertation et en ravivant l'esprit de solidarité. Nous avons veillé à propager cette culture de solidarité et à la traduire dans la réalité concrète, sur la plus grande échelle, afin qu'elle englobe, dans sa nouvelle phase, le domaine de l'emploi, et cela grâce à la création du Fonds National de l'Emploi 21-21 dont les activités ont démarré dès le début de cette année.

Monsieur le Doyen,
Excellences,

L'édification d'une société démocratique est indissociable de l'effort de développement intégral. Les deux processus sont complémentaires. Aussi nous sommes-nous attachés à mener de front ces deux processus, avec autant de détermination que d'assurance; ce qui a permis de consacrer, dès 1994, le pluralisme au sein de la Chambre des Députés, et de le consolider lors des élections du mois d'octobre 1999.
Nous nous attacherons, au demeurant, à faire en sorte que les prochaines élections municipales constituent une nouvelle étape dans la consécration de ce processus démocratique pluraliste.
Nous continuerons, en outre, d'apporter notre soutien aux partis politiques et aux journaux d'opinion.

Monsieur le Doyen,
Excellences,


Notre pays qui perçoit les droits de l'Homme, la tolérance, la modération et le dialogue, ainsi que la coopération et la solidarité comme autant de valeurs sûres et de constantes de sa culture et de sa politique, réaffirme sa volonté inflexible de continuer à consacrer ces principes, aux plans tant intérieur qu'extérieur. Il ne ménagera aucun effort pour contribuer à faire prévaloir la paix, la concorde et l'entente, dans les relations internationales.
Nous œuvrerons, en tant qu'Etat membre du Conseil de Sécurité, pour consacrer ces valeurs dans le règlement des problèmes internationaux et dans la coopération entre les Etats et les peuples.

Compte tenu de l'importance du rôle du Conseil de Sécurité dans la préservation de la paix et de la stabilité dans le monde, nous nous emploierons, en outre, à multiplier les opportunités de dialogue et de concertation dans le cadre des nobles principes que la communauté internationale s'est assignés depuis l'élaboration de la Charte de l'Organisation des Nations Unies.

Nous considérons, pour notre part, qu'au nombre des principaux défis existant, aujourd'hui, sur la scène internationale, figurent l'instauration de la paix et de la sécurité dans le monde, le renforcement de la place qu'occupent les regroupements régionaux, ainsi que la consolidation des mécanismes de coopération, de partenariat et de solidarité. D'où la nécessité impérieuse de circonscrire les foyers de conflits armés et de guerres civiles, ainsi que les diverses sources de tension.

Dans ce contexte, nous tenons à exprimer notre satisfaction et notre optimisme quant aux développements positifs qu'enregistre le processus de paix au Moyen Orient.

A cet égard, nous rendons hommage aux Etats-Unis d'Amérique pour le rôle positif qu'ils assument dans ce processus en vue de parvenir à un accord qui garantisse les droits de toutes les parties.
Nous sommes convaincus que l'aspiration des peuples de la région à la paix, à la stabilité et au bien-être reste tributaire de la réalisation d'un règlement juste, global et durable, qui permette au peuple palestinien de recouvrer tous ses droits légitimes, y compris son droit de créer un Etat indépendant sur son propre sol, avec pour capitale Al Qods Al Sharif, ainsi qu'aux peuples syrien et libanais frères de récupérer leurs territoires occupés.

Au niveau du Maghreb, nous formons l'espoir que l'embargo imposé à l'encontre de la Libye sœur sera levé de manière définitive, et dans les plus brefs délais. Nous souhaitons, également, que l'Union du Maghreb Arabe retrouve sa vitalité et que s'estompent les obstacles conjoncturels qui ont entravé sa progression. Car, la construction maghrébine constitue un choix stratégique et une aspiration historique de nos peuples.

Monsieur le Doyen,
Excellences,


Les souffrances du peuple irakien demeurent, pour nous, une source de vive préoccupation, tout particulièrement, au vu des indications concordantes que fournissent les organisations internationales compétentes, concernant l'aggravation des conditions de vie et de santé du peuple irakien frère. C'est ce qui doit inciter la communauté internationale à rechercher, de toute urgence, une solution à ce problème, afin que puissent être réglés les problèmes humanitaires en suspens et pour que tous les Etats et peuples de la région puissent vivre dans la sécurité, la paix et la coopération fraternelle et constructive.

Nul doute que l'heure est venue de remettre de l'ordre dans les relations interarabes. Il est de notre devoir de rattraper le temps perdu et d'intensifier l'action arabe commune, de manière à préserver les intérêts de la collectivité arabe et à consolider ses aptitudes à relever les défis auxquels elle est confrontée.
Tout en prenant acte des prémices encourageants qui sont apparus à travers le démarrage de la mise en œuvre de la Convention relative à la zone panarabe de libre-échange, nous tenons à exprimer notre conviction qu'il nous reste encore beaucoup à faire pour atteindre l'objectif visé.

Nous avons par ailleurs accueilli avec grande satisfaction, l'accord intervenu entre nos frères qataris et bahreinis pour le règlement de leur différend frontalier par la voie du dialogue et de la concertation, ainsi que leur souci commun de promouvoir les relations entre leurs deux pays dans le sens des intérêts des deux peuples.
Nous saluons cette initiative et formons l'espoir que cette méthode constructive pourra se généraliser pour s'étendre à toutes les relations interarabes, dans l'intérêt de la nation arabe et du renforcement de sa sécurité, de sa stabilité et de sa prospérité.

Nous avions, par ailleurs, appelé, de concert avec nos frères, Son Excellence le Président Mohamed Hosni Moubarak, Sa Majesté le Roi Mohamed VI et Son Altesse Royale l'Emir Hamad Bin Khalifa Al Thani, à la convocation d'un Sommet arabe, dans les plus brefs délais possibles, en vue de permettre aux Etats arabes de se pencher sur leur propre condition et de créer les conditions nécessaires à la sauvegarde de leurs intérêts stratégiques et à la concrétisation de leurs objectifs communs.

Quant à la conjoncture sur notre continent africain, elle doit inciter la communauté internationale à redoubler d'efforts pour éliminer les foyers de tension, et à appuyer les initiatives déployées en vue d'alléger le fardeau de la dette qui handicape le processus de développement de bon nombre de pays africains.
En ce qui concerne la situation au Caucase, les tragiques développements qui y sont survenus, sont profondément préoccupants. Aussi lançons-nous un appel pressant aux parties concernées afin qu'elles mettent un terme à l'escalade militaire, pour éviter un surcroît d'effusion de sang. Nous appelons à la nécessité de faire prévaloir la raison et de recourir aux voies pacifiques pour parvenir à une solution qui puisse mettre fin aux souffrances des populations civiles innocentes et respecter leur droit à une vie paisible.

Monsieur le Doyen,
Excellences,


Nous avions appelé, dès 1989, du haut de la tribune de l'Assemblée Générale des Nations Unies, à la nécessité de réfléchir à la conclusion d'un contrat international pour la paix et le progrès. pour l'édification d'un avenir meilleur pour la communauté internationale.

Face aux mutations de plus en plus rapides qui se produisent dans les différents domaines, l'humanité a besoin de marquer sa volonté de relancer la conscience universelle afin de revitaliser l'esprit de coopération et de solidarité et de traduire dans les faits le degré de maturité atteint par l'esprit humain et qui se trouve parfois en contradiction flagrante avec ce qui est enregistré sur le terrain en termes de massacres et d'affrontements, qui s'accompagnent d'un gaspillage de potentialités et d'énergie, ainsi que par des atteintes à l'environnement, avec tous les dangers et les fléaux qui en découlent.

Ne serait-il pas plus judicieux que les courants de la mondialisation convergent en direction du progrès universel et du rapprochement entre les hommes? Il est du devoir de la communauté internationale d'agir, avec lucidité et esprit de responsabilité, en vue de remédier aux situations préoccupantes qui prévalent dans plusieurs régions de par le monde. Tels que l'accroissement du taux de pauvreté, l'écart qui ne cesse de se creuser entre les riches et les pauvres et l'aggravation du chômage.

Nous réitérons, à cette occasion, l'appel que nous avions lancé aux sept pays les plus industrialisés, le G-7, pour l'annulation d'une partie de la dette des pays pauvres ou son recyclage, de façon partielle ou totale.

Monsieur le Doyen,
Excellences,

Nous œuvrons en faveur de la consécration de l'esprit de cohésion et de complémentarité au sein de l'Union du Maghreb Arabe, de la Ligue des Etats Arabes, de l'Organisation de l'Unité Africaine et de l'Organisation de la Conférence Islamique.

Nous nous employons, dans ce cadre, à consacrer l'ouverture de notre pays sur les diverses autres organisations régionales, et à contribuer à la consécration de l'entente et de la concorde aux niveaux régional et international.
Nous nous employons également, sur la base de notre appartenance au bassin méditerranéen, et de concert avec nos partenaires sur ses deux rives, à concrétiser le développement durable et à édifier un espace économique, politique, social et culturel commun.

Les relations privilégiées qui nous lient à l'Union Européenne ainsi que notre partenariat avec cet ensemble nous sont du meilleur soutien dans cette option qui se fonde sur la coopération fructueuse et l'interaction constructive. Nous sommes soucieux de développer ces relations et de les renforcer dans le cadre des intérêts réciproques, de la complémentarité culturelle du dialogue équilibré et de l'entente dans le respect mutuel.

Quoique le partenariat constitue la caractéristique essentielle de notre époque, le monde a encore impérieusement besoin de dynamiser les valeurs de coopération et de solidarité, afin que la notion de profit ne constitue pas la seule référence dans les relations aussi bien bilatérales qu'internationales.

Les organisations humanitaires, ainsi que les institutions et structures internationales qui ont été mises en place depuis des dizaines d'années pour assumer leur noble rôle, sont dignes d'éloges pour toute la sollicitude et l'assistance qu'elles ont apportées à des millions d'âmes, dans diverses régions du monde. Elles ont toutes constamment besoin de notre soutien et de nos encouragements, pour continuer d'accomplir leurs nobles missions dans notre monde d'aujourd'hui réduit aux dimensions d'un village planétaire.

Nous sommes confiants que la volonté de bien et de paix triomphera toujours. Aussi avons-nous lancé un appel aux dirigeants du monde ainsi qu'aux différentes institutions du système des Nations Unies et aux Organisations internationales pour la création d'un Fonds mondial de solidarité. Celui-ci devrait contribuer au traitement du fléau de la pauvreté et à l'allégement des effets de la faim et du dénuement dont souffrent des millions d'êtres humains.
Nous comptons sur la conscience qu'ont les dirigeants du monde des finalités humanitaires que pourrait concrétiser un tel projet, pour qu'il bénéficie de leur soutien et recueille l'adhésion souhaitée de leur part.

Monsieur le Doyen,
Excellences,


L'année qui vient de s'achever aura été, pour nous, riche en rencontres et en consultations avec nos frères et amis les dirigeants de vos pays, que nous avons accueillis en Tunisie ou auxquels nous avons rendu visite dans leurs pays respectifs.

Tout en exprimant ma profonde satisfaction quant aux opportunités que ces rencontres ont offertes pour le dialogue, la coopération et l'approfondissement des liens entre nos peuples et nos Etats, nous formons l'espoir que l'année nouvelle marquera le début d'un avenir meilleur pour l'humanité tout entière, et renforcera son progrès et sa prospérité.

En vous réitérant mes souhaits les plus chaleureux, je vous prie de bien vouloir transmettre aux dirigeants de vos pays et de vos peuples frères et amis, nos meilleurs vœux et les plus sincères expressions de notre amitié et de notre considération.

Merci de votre attention.


Discours du Président Ben Ali devant les membres du Corps Diplomatique accrédités à Tunis (15 janvier 2004)
Discours du Président Ben Ali devant les membres du Corps Diplomatique accrédités à Tunis (23 janvier 2003)
Discours du Président Ben Ali devant les membres du Corps Diplomatique accrédités à Tunis (15 janvier 2002)
Discours du Président Ben Ali devant les membres du Corps Diplomatique accrédités à Tunis (29 janvier 2001)
Discours du Président Zine El Abidine Ben Ali à la clôture de la conférence annuelle des chefs de missions diplomatiques et consulaires (25 août 99)
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