Discours du Président Zine El Abidine Ben Ali
devant les membres du Corps Diplomatique accrédités à Tunis

Carthage, le 29 janvier 2001

Au Nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux

Monsieur le Doyen,
Excellences,
Mesdames,
Messieurs,

J'ai grand plaisir à vous rencontrer en ce début d'année et au seuil d'un nouveau siècle. En vous présentant mes souhaits les meilleurs de bonheur et de prospérité, pour vous-mêmes et pour vos pays frères et amis, je forme le vœu que l'année nouvelle apportera à l'humanité davantage de progrès sur le chemin de la fraternité, de la paix et de la solidarité.

Je tiens à saisir cette occasion pour vous demander de transmettre mes plus vives félicitations aux dirigeants de vos pays et à vos peuples, vous souhaitant à tous, prospérité, progrès et bonheur. Je voudrais, également, vous assurer de toute mon appréciation pour les efforts que vous ne cessez de déployer en faveur de la consolidation des liens de fraternité et d'amitié entre vos pays et la Tunisie, et du renforcement de la coopération aux niveaux tant bilatéral que multilatéral.

Tout en exprimant mes félicitations à Son Excellence Monsieur le Doyen du corps diplomatique accrédité à Tunis, je voudrais le remercier pour ses expressions aimables et ses sentiments amicaux envers la Tunisie et envers son peuple. Je tiens, en outre, à vous souhaiter, à tous, la pleine réussite dans l'accomplissement de votre noble tâche.

Monsieur le Doyen,
Excellences,

L'année qui vient de s'achever a été, pour notre pays, une période riche en réalisations dans divers domaines. Elle a été marquée par des acquis que confirment les différents indicateurs. Nous avons, en effet, concentré nos efforts sur la mise en œuvre de notre programme pour l'avenir que nous avions présenté à l'occasion des élections présidentielle et législatives du mois d'octobre 1999.

Nous nous attachons à concrétiser les objectifs que nous nous sommes assignés dans un contexte politique et social fait de sérénité et de stabilité, et un climat de concorde et de dialogue. C'est dans ce climat que nous œuvrons assidûment au développement de nos potentialités humaines et à la promotion de nos compétences scientifiques et technologiques, ainsi qu'à la mise à niveau de notre économie et au renforcement de sa compétitivité.

Certes, nous nous sommes essentiellement appuyés, dans notre effort de développement et dans les réformes que nous entreprenons, sur nos moyens propres et sur la revitalisation de l'esprit de solidarité et d'entraide au sein de notre peuple. Cependant, nous comptons, aussi, sur la coopération avec nos frères et nos amis. Nous comptons d'autant plus sur la diversification et l'extension de cette coopération, que nous avons mis en place les incitations appropriées et le cadre juridique propice à l'encouragement de l'investissement.

Monsieur le Doyen,
Excellences,

La construction d'une société démocratique pluraliste est une option fondamentale et intangible de notre politique. Nous nous y sommes employés dès l'avènement du Changement. Depuis, nous n'avons cessé de prendre les initiatives et les mesures nécessaires pour la consolider. Nous nous préoccupons d'aller de l'avant dans ce processus, afin qu'il soit au diapason des progrès et des réformes que notre pays connaît dans tous les domaines et qu'il renforce le tissu de la société civile.

A l'occasion du treizième anniversaire du Changement, nous avions annoncé notre décision de majorer la subvention que l'Etat accorde aux partis politiques et à leurs organes de presse. Nous avions, également, pris un ensemble de décisions et de mesures à l'effet de promouvoir la démocratie locale et de la développer davantage, de consacrer la liberté de la presse et de l'information et de renforcer la décentralisation. Ce sont autant de réformes que nous nous emploierons constamment à faire évoluer, afin d'accélérer l'évolution démocratique et de lui faire gagner une étape après l'autre.

La tolérance, la modération et la solidarité sont des valeurs immuables de notre civilisation. Nous y puisons l'approche qui est la nôtre des droits de l'homme, dans toute la globalité et toute la complémentarité de leurs dimensions. Nous avons œuvré à la consécration, à la protection et à la promotion de ces droits, ainsi qu'à la diffusion de leur culture, aux niveaux tant de la législation que de la pratique. Lors du treizième anniversaire du Changement, nous avions annoncé, dans le cadre des mesures et des initiatives prises depuis le Changement, en vue de renforcer les droits de l'homme dans notre pays, la promotion du système pénal, l'instauration de nouvelles garanties en matière de procédures pénales, et le rattachement, au ministère de la Justice, des établissements pénitentiaires et de leur administration.

Monsieur le Doyen,
Excellences,

Notre pays a constamment œuvré, au sein de la communauté internationale, en faveur de la propagation de la sécurité et de la paix dans le monde, et du renforcement de la coopération et de la solidarité entre les peuples.
A la faveur de son statut de membre du Conseil de Sécurité, la Tunisie s'est ainsi attachée à faire prévaloir les valeurs de droit et de justice, conformément aux nobles principes énoncés dans la Charte des Nations Unies.

La Tunisie qui assumera la présidence du Conseil de Sécurité, au cours du mois de février prochain, continuera d'œuvrer activement, à la lumière de ces principes et dans le cadre de la coopération avec toutes les parties, pour circonscrire les foyers de tension et de conflits dans le monde et faire prévaloir le dialogue et le consensus dans le règlement des problèmes qui sont posés.

En de nombreuses circonstances, nous avons attiré l'attention sur la gravité des dangers découlant de la persistance du déséquilibre excessif qui existe entre les Etats et entre les peuples. Nous avons prôné l'édification d'une communauté internationale qui soit éprise de plus de justice, plus solidaire et plus prospère; une communauté qui ouvre les portes de l'espoir devant les jeunes générations du monde entier et soit en mesure d'endiguer la montée de la pauvreté, la propagation des endémies, la détérioration de l'environnement et la course échevelée aux armements.

Le Sommet du Millénaire et le Sommet du Conseil de Sécurité, qui ont eu lieu en septembre dernier, ont constitué deux opportunités privilégiées de dialogue concernant le présent et le futur de l'humanité. Nous y avions, pour notre part, insisté sur l'impérieuse nécessité d'opérer une mutation qualitative au niveau des relations internationales. A cet effet, nous avons apporté notre soutien à l'appel lancé en faveur de la promotion du Conseil de Sécurité, au niveau tant de ses attributions que de sa composition.

Nous avons, en outre, appelé à l'exploitation des progrès sans cesse plus rapides de la technologie, au profit d'un développement équilibré et d'un avenir meilleur pour l'humanité tout entière.
A cette occasion, nous avions réitéré notre proposition en faveur de la création d'un Fonds mondial de solidarité et de lutte contre la pauvreté, en tant qu'instrument appelé à renforcer les mécanismes d'intervention humanitaire dans les régions du monde les plus démunies.

Tout en exprimant notre vive satisfaction et notre profonde fierté à la suite de l'approbation, par l'Assemblée Générale des Nations Unies, de l'idée de création de ce Fonds et de l'appel qui a été lancé dernièrement par le Secrétaire Général des Nations Unies en faveur de l'ouverture de concertations entre les Etats membres et les institutions financières et de développement concernées, pour l'examen des modalités pratiques de création de ce Fonds, nous tenons à remercier tous les Chefs d'Etat, les responsables des Nations Unies, ainsi que les organisations et les conférences tant internationales que régionales qui ont, depuis le tout début, apporté leur soutien à notre initiative humanitaire. Notre vœu est que cette initiative trouve sa voie pour une concrétisation effective, à bref délai.

En fait, nous nous sommes inspirés dans cette proposition, de notre approche à l'échelle nationale, une approche à la fois globale et cohérente qui a donné, dans la pratique, la preuve de son efficacité et de ses résultats positifs. Nous avons pu, en effet, mettre en place, en un laps de temps fort court, les équipements collectifs et l'infrastructure indispensable au développement économique et social, au bénéfice de plus d'un million de Tunisiens. Nous les avons, ainsi, soustraits à l'isolement et à la marginalisation. Dotés de moyens de subsistance, ils ont désormais tous les attributs d'une vie décente. Nous avons pu accomplir toutes ces réalisations, grâce à l'esprit de solidarité que nous avons revitalisé en nos concitoyens et dont nous avons fait le catalyseur d'un surcroît de cohésion, de communion et de propension aux bonnes œuvres. C'est ce qui a permis de ramener le taux de pauvreté dans notre pays à moins de 6 % actuellement, alors qu'il était de l'ordre de 40 % dans les années 60.

La réussite du Fonds de Solidarité Nationale dans la concrétisation de ces objectifs, a régénéré en nous la volonté de tabler, une fois encore, sur le capital de solidarité de notre peuple. Nous avons, ainsi, créé le Fonds National de l'Emploi dont le financement se fonde, essentiellement, sur les contributions volontaires, et qui a pour mission d'apporter son soutien aux divers programmes, initiatives et mécanismes destinés à promouvoir l'emploi. Il vise à offrir davantage d'opportunités de travail au bénéfice des jeunes et à les inciter à faire preuve d'esprit d'initiative, à produire et à s'intégrer dans le circuit de l'économie.

Monsieur le Doyen,
Excellences,

Les événements qui se déroulent, aujourd'hui, dans les territoires palestiniens constituent, pour nous, une source de vive préoccupation, tant il est vrai que le peuple palestinien frère continue d'être confronté à des agressions quotidiennes flagrantes, violant ses droits, profanant ses lieux saints et assiégeant ses villes et villages.

Notre pays a proclamé que la paix constitue le choix stratégique idoine pour résoudre le problème du Moyen-Orient et mettre fin à ce conflit chronique. Il a apporté un concours actif à la stimulation et au renforcement du processus de paix, depuis son démarrage. Il n'en refuse pas moins que cela puisse impliquer la renonciation à l'un quelconque des droits légitimes du peuple palestinien, des droits syriens au Golan et des droits du Liban sur ses portions de territoire encore sous occupation.

Une paix juste, durable et globale ne peut se construire sur la logique de la force, ni au mépris de la légalité internationale. Car, il ne peut y avoir de marchandage au sujet du droit des Palestiniens au recouvrement de leurs territoires occupés, au retour des réfugiés et à la création d'un Etat indépendant ayant pour capitale Al-Qods Al-Sharif.

Tout en exprimant notre considération envers les Etats-Unis d'Amérique pour les efforts qu'ils déploient en vue de faire sortir de l'impasse le processus de paix, nous exhortons la communauté internationale à assumer ses responsabilités, pour relancer ce processus et faire respecter les référentiels qui lui sont propres et qui ne sont autres que les résolutions pertinentes des Nations Unies, afin de mettre un terme aux abus incessants d'Israël. Les peuples de la région pourront, ainsi, inaugurer une ère nouvelle, faite de paix, de coexistence et de coopération.

Nous sommes persuadés que la région tout entière restera sous la menace des risques de conflit et de guerre, aussi longtemps qu'Israël n'aura pas mis fin à ses provocations et à ses agressions, que les Palestiniens n'auront pas été rétablis dans leurs droits et que n'auront pas été réglés, non plus, les autres problèmes en suspens dans le monde arabe, et en premier lieu, la levée du blocus imposé à l'encontre du peuple irakien frère et la levée définitive de l'embargo contre la Libye.

La Tunisie a invariablement milité en faveur de l'unité des rangs arabes. Elle a participé, avec abnégation, à l'enrichissement et à la promotion de l'action arabe commune, afin de transcender les dissensions conjoncturelles et de faire évoluer les relations interarabes dans le cadre d'une stratégie qui vise à préparer un avenir meilleur et qui mobilise l'ensemble des potentialités et les efforts de tous.

Nous sommes convaincus, pour notre part, que le Sommet arabe du mois d'octobre dernier, avec les décisions importantes qui en ont émané, et notamment la consécration de la périodicité annuelle de ses sessions, ainsi que la tenue régulière des réunions de son Comité de suivi et d'action, constituent des indices à la fois positifs et encourageants qui sont appelés, nous l'espérons, à se consolider et à se développer, pour le plus grand bien de notre Oummah, pour l'unité de ses rangs et pour le renforcement de sa position sur l'échiquier international.

Dans le même temps, la Tunisie tient à réaffirmer sa foi profonde en l'importance de l'action islamique commune et de la nécessité qu'il y a de renforcer la solidarité et la complémentarité des pays membres du groupe islamique et d'harmoniser leurs prises de position face aux principaux problèmes internationaux. Le Sommet islamique de novembre dernier nous a offert l'occasion de réitérer notre appel en faveur de la concrétisation de l'action islamique commune, de l'extension de ses perspectives et de l'enrichissement de ses contenus; outre l'action en faveur du progrès et du bien-être pour conforter l'invulnérabilité de nos peuples et sauvegarder notre identité islamique.

Monsieur le Doyen,
Excellences,

Nous avons accordé à nos relations avec nos pays frères, dans le cadre de l'Union du Maghreb Arabe, toute l'importance et la sollicitude qu'elles méritent. Nous n'avons ménagé aucun effort pour raffermir nos liens de fraternité et de coopération dans les différents domaines. Nous nous y sommes employés sur la base de notre conviction profonde que l'UMA représente un choix stratégique intangible. Un choix qu'étayent les liens historiques séculaires qui unissent nos pays, et que commande la fidélité de nos peuples au combat de leurs martyrs, de leurs leaders et de leurs réformateurs en faveur de l'édification de cette entité et de la concrétisation des aspirations de nos générations successives à la complémentarité et à l'unité.

Notre vœu est que l'année nouvelle enregistre une évolution qualitative dans le processus maghrébin, le soustrayant à la léthargie dans laquelle il se trouve et le poussant en direction de la dynamisation de ses institutions et du parachèvement de sa construction. Nous comptons, en cela, sur la volonté ferme qui anime nos frères dirigeants de l'UMA et sur leur foi inébranlable en le devenir commun.

Notre pays s'est, par ailleurs, attaché à consacrer davantage son appartenance à l'Afrique. Nous avons, ainsi, préconisé l'instauration d'une coopération active entre le continent africain et les autres entités continentales et régionales. Nous avons avancé des suggestions pratiques pour la concrétisation de cette coopération, aussi bien lors du Sommet Euro-Africain qu'au cours du Forum Afro-Méditerranéen. Nous avons également exhorté la communauté internationale, lors du Sommet du Millénaire, à accélérer l'adoption de mesures humanitaires à l'effet d'alléger les souffrances du continent, d'appuyer les efforts de paix en Afrique et d'y endiguer la prolifération des fléaux et des maladies parmi de larges franges de ses populations.

Tout en réitérant les expressions de notre soulagement au regard de l'accord de paix auquel sont parvenues l'Ethiopie et l'Erythrée sœurs, nous formons l'espoir que cet accord se confortera, dans l'intérêt des deux pays et de la pérennisation de la paix dans la région.

Nous prenons acte avec satisfaction, également, des prémices d'évolution qui commencent à se faire jour dans les mécanismes de l'action africaine commune et dans l'accélération de la cadence de l'intégration régionale dans le continent, dans une époque marquée par la prééminence des pôles continentaux et des regroupements régionaux. C'est dans ce cadre que se situent la signature, par la Tunisie, des documents constitutifs de l'Union africaine, ainsi que son adhésion à la Communauté des Etats du Sahel et du Sahara.

Monsieur le Doyen,
Excellences,

Pays de la tolérance et de la modération, la Tunisie est soucieuse de participer, depuis la position qui est la sienne, à la diffusion de l'entente et de la concorde aux niveaux tant régional qu'international. Elle s'emploie, sur la base de son appartenance méditerranéenne, à la mise en place d'un espace économique et culturel fondé sur un partenariat efficient et équilibré, au bénéfice des peuples des pays riverains de la Méditerranée.

Nous formons l'espoir que durant son mandat à la tête de l'Union Européenne, la présidence suédoise s'emploiera au parachèvement des négociations concernant le projet de charte euro-méditerranéenne pour la paix et la stabilité, à la consolidation de la coopération en matière d'emploi des jeunes dans les secteurs des nouvelles technologies de la communication, à l'intégration de la femme dans l'activité économique et sociale et à la dynamisation de la coopération, de la solidarité et de la complémentarité en Méditerranée.

Pour notre part, autant nous tenons à exprimer notre satisfaction quant aux résultats accomplis dans de nombreux domaines par le partenariat entre la Tunisie et l'Union Européenne, autant nous sommes persuadés que ces résultats auraient pu être meilleurs. Nous réaffirmons, à cet égard, l'importance du caractère global qui a été donné, dès le début, à l'Accord d'association, ainsi que la nécessité de rattraper le retard enregistré dans certaines phases d'exécution, en raison de questions de procédure.

La Tunisie est ouverte sur son environnement tant proche que lointain. Elle continue de renforcer sa coopération avec ses amis, dans les différentes régions du monde, sur la base des intérêts communs et du profit mutuel. Les horizons de notre coopération se sont constamment élargis, pour s'étendre à des pays amis tant en Asie qu'en Amérique, à l'heure où les distances se sont estompées et où les moyens de communication se sont multipliés.

Monsieur le Doyen,
Excellences,

L'année écoulée nous avait offert de précieuses occasions pour rencontrer nombre de Chefs d'Etat frères et amis, afin de consolider la coopération bilatérale, et de nous concerter au sujet de questions régionales et internationales. Nous avons pu, ainsi, échanger nos vues et approfondir les relations entre nos peuples et nos Etats.

Notre vœu est que cette année nouvelle soit marquée par un regain d'entente, de coopération et de solidarité dans les relations internationales, et qu'elle soit une année heureuse pour l'humanité tout entière, une année marquée par le renforcement de l'esprit d'entente et de concorde et par la propagation de la sécurité, de la paix, du bien-être et de la prospérité, partout dans le monde.
Je voudrais conclure en vous renouvelant mes félicitations à l'occasion du Nouvel An et en réitérant à nos frères et amis, les dirigeants de vos pays, nos meilleurs souhaits de bonheur et de réussite.

Merci de votre attention.


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